IN MEMORIAM – Jeudi 16 octobre. Médecines

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SUITE DU ROMAN « IN MEMORIAM »


Jeudi 16 octobre. Médecines

Bon sang ! Onze heures trente. Je dois aller chercher Tibère et Athéna à l’école dans dix minutes. Le concierge va encore me maudire ! Vingt bonnes minutes que je piétine derrière cette vieille rombière endiamantée. Ça n’en finit pas ! Elle s’est lancée dans un descriptif complet sur la physio et l’anat de tout son organisme… Mais on s’en fiche de tes varices et de tes reflux gastriques, Mémé ! Et la Mère Mitre en bonne apothicaire qui l’encourage et lui prodigue conseils, onguents et petits flacons. De ceci, de cela. Pour la peau, la chair, le sang, les viscères, les tripes, les glaires, les… Beurk ! J’ai mon Martini qui remonte… Allez, c’est bon Mme Mitre, tu ne vas pas faire ton chiffre du mois avec cette vieille peau ! Ta pharmacie ne va pas couler si tu ne vides pas son compte courant. D’ailleurs, je ne suis même pas sûre que toute ta came (c’est le cas de le dire !) y suffise. Ah, ah, ah ! Eh bien… enfin ! Elle valide ses achats en passant sa main sous le lecteur R-FID. À mon tour !

— Mme Prescott ! Comment allez-vous ?

— Comme ça…

— Oh oui dites-donc ! vous avez une p’tite mine. Vous n’avez pas l’air de péter le feu, dites-moi ! (Et en tendant la main) Qu’est-ce que vous nous avez là ?

C’est une impression ou elle parle comme une poissonnière sur le marché ? Il ne manque plus que le « ma p’tite dame ! » Je lui tends l’ordonnance en essayant d’empêcher ma main de trembler. Peine perdue ! L’alcool n’est pas mon ami, décidément. Elle prend son temps pour lire.

— Bien, d’accord. Le Lysanxia, en cachets ou en gouttes ?

Je fais des yeux ronds.

— Bon, je vous le mets en gouttes, comme ça vous pourrez doser en fonction de vos crises d’angoisse.

— Ah ?

Mes crises d’angoisse ? Pourquoi elle me dit ça ? Je n’ai pas parlé de crises au toubib ; juste de stress, de fatigue, de surmenage. Bon, d’accord, il me connait. Il a sans doute compris que j’étais au bord du craquage. Malin, Docteur Martinez. Du coup, j’ai raté les explications de la pharmacienne. Je continue malgré tout à hocher la tête. De toute façon, c’est écrit sur l’ordonnance.

— … et pour le Varlux, vous prenez le comprimé le matin au petit déjeuner. Le Dr Martinez vous a dit que les effets de l’anti-dépresseur ne se font pas sentir avant trois semaines ?

— L’anti-dépresseur ?

— Oui, le Varlux est un anti-dépresseur. Le Docteur Martinez ne vous a pas expliqué ?

— Si, sans doute.

À vrai dire, je ne m’en souviens pas. Les deux Martini Bianco faisaient encore leur effet, je pense. C’est vrai qu’il m’a pas mal fait parler et que même si j’ai réussi à en dire le moins possible, il a bien vu que ça n’allait pas fort.

— En réalité, je suis allée le voir parce que j’ai eu une petite absence ce matin. Ça ne m’inquiétait pas plus que ça. Je pense que les derniers jours ont été suffisamment chargés en… événements pour expliquer cet évanouissement. Je n’avais pas compris qu’il me mettait sous anti-dépresseurs. Mais c’est bon. Je vais faire comme il a dit. Je vous fais conf… Oh non ! Les enfants ! Il faut que je file !

— C’est bon, vous pouvez passer votre main, Mme Prescott !

— Je n’ai pas de puce R-FID.

— Ah oui, c’est vrai ! Apocalypse 13.6 ! (Voix de film d’horreur et gros yeux.) « Et elle fit que tous, petits et grands, riches et pauvres, libres et esclaves, reçussent une marque sur leur main droite ou sur leur front. Et que personne ne pût acheter ni vendre, sans avoir la marque, le nom de la bête ou le nombre de son nom… »

Wow ! Elle l’a appris par cœur !

— Euh… c’est juste que je n’ai pas envie d’avoir un truc sous ma peau.

Non, mais. Elle me prend pour une intégriste millénariste ? Je lui tends ma bonne vieille Visa Platinium. Une fois dehors et passée le coin de la rue j’ouvre le petit sac en papier et contemple mon butin : Six boîtes différentes. J’en ai pour mon argent. Il n’a pas fait semblant Martinez ! Tiens… Martinez ! Martinez Bianco ! C’est drôle. Martinez Bianco. Vite à la maison pour fêter ça avec un verre ! Ah oui ! Et… Les enfants ! Ce n’est pas vrai ! J’ai encore failli les oublier !


à suivre…

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