In memoriam – Mardi 21 octobre. Rencontre

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SUITE DU ROMAN « IN MEMORIAM »


MARDI 21 OCTOBRE.                     RENCONTRE

Un vrai poisson rouge. Je tourne en rond dans mon aquarium. Léonard a laissé la plupart des murs en mode translucide. It is so weird ! J’ai laissé un message à Étienne. La VM (Vodka-Martini) et moi, nous avons passé la nuit à gamberger. J’ai revécu toutes les années d’enfance de Tibère et Athéna, imaginant où, quand, comment, Monstre avait pu sévir. À essayer de retrouver des signes, des détails, n’importe quoi qui aurait pu trahir ses activités prédatrices. À la réflexion, cela pourrait expliquer bien des choses… L’instabilité motrice et les colères de Tibère, le caractère lunatique de sa sœur et ses crises de larmes soudaines et inexplicables. Mon Dieu ! Je m’en veux. Mes petits ! Je n’ai pas su vous protéger ! Pardon ! Pardon ! Je serai là maintenant. Plus jamais il ne mettra la main sur vous. Il faut à tout prix que je trouve des preuves. J’ai une semaine pour ça. Bon sang ! Si j’avais des images. Des images… Les caméras ! Oui, les caméras « enregistrent tout, tout le temps » répète Monstre à l’envi. Tout est stocké dans le S-cloud. À moins qu’il n’ait tout effacé au fur et à mesure, il doit y avoir des images de ses « câlins tout chaud » ! Quelle horreur ! Mon Dieu ! Athéna, ma petite, si petite fille… mon bébé ! Reste à savoir comment accéder à ces fichiers. Où sont-ils stockés ? Qui y a accès ? Comment retrouver et copier le fichier sans que Monstre ne s’en rende compte ? Étienne ! Il m’a bien dit qu’il avait récupéré les courriers et les messages de Monstre. Dans son équipe, il m’a parlé de super-geeks. Peut-être qu’il est sur le coup ? Il a dû y penser avant moi. Si on trouve des images de lui et des enfants, je crois bien que je lui arrache les yeux ! Je suis saisie d’un frisson : ma conversation avec les enfants hier soir, au coucher, il a pu l’écouter ! Mais quelle gourde ! Et mon message à Étienne ! Oh non ! Me souvenir de ce que je lui ai dit… « Étienne, bonjour, c’est Alice. J’ai besoin que vous m’appeliez au sujet des enfants. C’est pour avoir votre avis. C’est urgent. Je vous remercie. » Ça va, ce n’est pas trop compromettant. Bon, à partir de maintenant, tu dois te considérer sous surveillance constante ma petite Alice. Monster is Big Brother. Heureusement que j’ai toujours appelé Étienne de l’extérieur ! Il me faut accéder aux enregistrements des caméras de la maison. Je dois retourner les armes de Monstre contre lui. Ne me reste qu’à attendre l’appel d’Étienne.

Il est dix heures et demie. Je vais devenir folle à tourner et retourner dans l’antre du Monstre, sous ses yeux. J’ai super envie de boire un coup. Mais je ne veut pas lui montrer mes faiblesses. Et je me rends compte que je commence à avoir un vrai gros problème d’alcool. Du coup, je me sers un grand verre d’eau. Je n’ai pas le temps de le boire que la sonnerie du portail retentit. C’est Mickaël Lemaire, Domotek. Enfin ! Il a su se faire désirer celui-là ! « Suivez l’allée jusqu’au parking derrière la maison. Je vous y rejoins. » Petit tour rapide par la salle de bain. Coiffure ok. Maquillage… bof ! Rien dans les dents. Petite robe ok. Allons accueillir ce génie de la domotique, ce « magicien de l’i-house ». Il a garé son véhicule, un gros Hummer bleu marine tout clinquant, à côté de la Jaguar de loc que je me suis fait livrer ce matin. Quitte à louer une voiture autant se faire plaisir. C’est Monstre qui paye !

— M. Lemaire ! Vous avez enfin trouvé le temps de nous rendre visite. J’en suis ravie ! (Un brin d’ironie, peut-être ?)

Jeune, souple, fringant, un vrai félin, il sort du véhicule imposant.

— Chère Madame Prescott, si j’avais su que j’allais recevoir un accueil aussi charmant, j’aurais abandonné tous mes autres chantiers bien plus tôt !

Je ris. Naturellement. Belle voix, belle écriture, belle gueule, beau sourire, belle silhouette. Tout pour lui ! Il me suit à l’intérieur.

— De quoi avez-vous besoin ?

— Un bureau tranquille, ça me suffira. Monsieur Prescott m’a confié tous les codes d’accès. Et j’ai tous mes outils. Je ne devrais pas avoir à vous importuner. Par contre, je risque, c’est même sûr, d’actionner tous les systèmes de la maison.

— Comme quoi ?

— Comme les portes, fenêtres, volets, murs, éclairages, ambiances sonores. Les robinets, chauffages et climatisation aussi. Et puis dans la cuisine, l’électroménager et le frigo. Les écrans, les pads, etc…

— Tout ça ? Et les caméras aussi, j’imagine ?

Un temps…

— Oui… Bien sûr. Mais ne vous inquiétez pas, je ne serai pas indiscret !

A-t-il accès à tous les enregistrements depuis l’installation du système ?

— Je vais vous installer dans mon bureau. Je ne l’utilise pas souvent. Vous y serez tranquille. En plus la vue est agréable. La porte-fenêtre donne sur un balcon qui surplombe le jardin avec la forêt de Versailles dans le fond.

Après l’avoir installé, je l’invite à partager mon déjeuner. Miss Pym est en train de préparer un gratin de légumes à la Provençale avec des petites côtelettes. Il accepte avec un franc sourire. Vraiment bel homme ce Mickaël ! Son visage flotte devant moi tandis que j’appelle Madame est Servie. Ils envoient une jeune Italienne demain matin, Ally (Pas très italien !) De Florence. Décidemment, avoir des enfants m’aura fait voyager. Je me demande si Léo a tenté de les séduire toutes ces filles au pair. Pourquoi pas ? Certaines étaient plutôt girondes. Je les passe en revue, attribuant à chacune un pourcentage de probable liaison léonine (Henke, 45 ; Lola, 83 ; Frenzie, 32 ; Amina, 75 ; Julia, 92 ; Suzann, 65 ; Peta, 55). Puis, lassée de ce jeu chagrin, je m’interroge sur ce que fait Mickaël. Sois franche, Alice, tu as envie de le revoir. Je ne sais pas pourquoi, mais cet homme me plaît. Il est séduisant, certes, mais surtout, il m’apaise. Sa vue me fait du bien ; sa voix me réconforte. Et si par lui je pouvais accéder aux images vidéo ? Je n’y tiens plus. Je vais dans mon bureau. J’y retrouve Mickaël à quatre pattes, entouré d’une multitude de machines reliées les unes aux autres par des câbles de toutes les couleurs. Un vrai bazar ! Il se relève et me sourit. Ses yeux pétillent.

— Je suis désolé pour votre joli bureau Madame Prescott. J’ai presque fini de tout installer. J’ai aussi fait le tour de la maison. C’est vraiment une belle réussite. Votre mari a du talent.

— Je sais. Tout le monde le dit.

— On dirait que ça vous contrarie ! (Sourire malicieux)

— Non, non ! C’est que… à force de l’entendre, On s’en lasse. Oui, il aime son métier. Il le fait bien. Il a un staff compétent et motivé. Et de l’imagination.

— Hum. J’entends comme un soupçon d’amertume. Vous êtes une de ces femmes qui se sent délaissée par son mari à cause de son travail ?

Ho, ho ! C’est un peu rapide tout ça non ? Je ne réponds pas. Mes yeux font le tour de la pièce.

— Vous n’avez besoin de rien ?

— Non, c’est gentil. Cet après-midi, j’aurais sans doute besoin d’une partenaire de test. Demain matin, j’ai une équipe de technos qui vient installer des control devices dans différentes pièces. Ça devrait être rapide, M. Prescott a eu la bonne idée de faire mettre des control slots un peu partout. Je vais paramétrer toutes ces machines jeudi et les vrais essais commenceront vendredi. Vous en serez ? Sinon, je peux toujours venir avec un assistant. C’est comme vous voulez. L’intérêt c’est que l’on pourra directement paramétrer et régler en fonction de vos besoins et de ce qui vous plaît. J’aime bien faire ça avec mes clients. Surtout quand ils sont sympathiques !

Je n’ai pas rêvé, il a bien eu un petit plissement des yeux en disant « sympathiques ». Si lui aussi montre des sentiments pour moi… Ça va être chaud de résister ! L’image de Monstre les yeux sur son pad, nous observant en direct, se rappelle à moi brutalement. Je le quitte sur un « A tout à l’heure ! » neutre.



 

Enfin un message d’Étienne ! Sept jours ont passé depuis notre conversation dans le parc. Il a largement eu le temps d’avancer sur le meurtre de Kamelya et peut-être même trouver la trace d’autres actes pédophiles. Il propose de me voir à son bureau jeudi à dix heures. Pour l’instant, il est à l’étranger. Son message est succinct mais prometteur. « D’importantes découvertes » ; « d’étonnantes coïncidences » ; « prévoyez du temps » Je suis impatiente. Dès qu’il a des preuves des actes pervers de Monstre, au trou ! Dans ta cage ! Je suis bien décidée. Ça ne m’empêche pas en attendant de visionner les tapes. Savoir que Monstre a pu toucher aux enfants me rend malade ! Je n’arrête pas de me repasser dans la tête tous nos moments de jeunes parents. Je le revois donner le biberon, changer, baigner, câliner (« un câlin tout chaud comme on fait des fois » !) gronder, soigner… Jamais je n’ai remarqué un geste ambigu. J’étais si loin de penser à ça !

 


 

à suivre…

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