Catégorie : Annonce

  • JOUR 1

    JOUR 1

    Je republie ici une série d’articles que j’ai écrits lors de notre périple familial en Asie. Sultanat d’Oman, Bali, Singapour, Japon, Australie, Nouvelle-Zélande.
    Voici celui de notre départ.

    Avatar de Pierre FoucherUn automne à Pékin

    Jour 1 – Vendredi 7 septembre – Bourré (Cher) – Muscat (Sultanat d’Oman)

    Why ?

    Ce matin au réveil, une question lancinante : « pourquoi partir ? » Cette interrogation ne m’a pas quitté de la journée. Musique entêtante. Jusqu’à cette première nuit que nous passons tous les quatre en plein ciel. Vol de nuit… Tous dorment et moi, je suis coincé. Non pas comme Saint-Ex dans un cockpit exigu la tête bardée de cuir et chaussé d’épaisses lunettes de verre, seul au-dessus des Andes, perdu dans le froid et l’immensité d’un ciel étoilé. Non. Coincé sur le siège 36F (donc bien au milieu) d’un A330 bondé de la compagnie Oman Airlines, au milieu d’une foule transhumante et néanmoins endormie. Le dos en peine, un PC sur les genoux et la tête de ma fille qui s’abandonne sur mon épaule droite, m’interdisant tout mouvement un peu ample. Vive le transport aérien de masse !

    Saint-Ex redoutait…

    Voir l’article original 330 mots de plus

  • AZIYADÉ – paroles d’Orient

    AZIYADÉ – paroles d’Orient

    Des paroles que j’ai écrites pour une chanson de notre groupe K’Zen. Elles s’inspirent directement du roman éponyme de Pierre Loti. Pour les amateurs d’Orient…

     

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    Du feu matinal, le Bosphore encore rougi,

    La brume se lève, un homme attend là, assis.

    Dans ses yeux les reflets atlantiques des embruns.

    Il n’est pas d’ici, d’Istanbul, c’est un marin.

     

    Il attend là, assis, le passage incertain

    De son aimée, odalisque aux cheveux satin,

    Aux prunelles bien vertes, de cette teinte vert de mer

    Autrefois chantée par les Orientaux d’hier.

     

    Son nom : Aziyadé, mais il l’a inventé.

    Le vrai, plus joli, plus doux, restera caché.

    Il attend là, assis, sous ses yeux vit Stambul,

    Ses hommes et ses femmes et son fleuve immense qui roule.

     

    ~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

    Qui as-tu aimé, toi, le marin d’opérette ?

    Etait-ce Aziyadé, Samuel ou Achmet ?

    Qui était dans le coeur de l’officier anglais,

    Auprès de la Turquie récemment engagé.

    Car à Kars est mort Arif-Ussameffendi !

    L’essence de cette region était l’oubli…

    ~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

     

    Oui à Kars, parmi les morts du dernier combat,

    Est couché sous l’uniforme turc un homme jeune,

    Officier de marine anglais et fier-à-bras,

    Dans son coeur, l’objet de tant d’attentes sous la lune.

     

    Lui, l’ami, s’il en fût, d’un Juif, Turc d’occasion,

    Espagnol par ses pères, Samuel ou Achmet,

    D’une amitié secrète, trouble, toute de déraison.

    Plongée dans l’Océan du cœur et le non-être…

     

    Du feu matinal…

     

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    Severim seni, Lotim !

    Senin laf yemek isterim !

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    Pour ceux qui veulent en savoir plus sur K’Zen :
    K’Zen – muzik and love –
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  • LE PUITS DES PERREITTI – nouvelle du fond

    LE PUITS DES PERREITTI – nouvelle du fond

    Voici une nouvelle que je viens d’écrire pour les 24 heures de la nouvelle. Concours ouvert jusqu’à demain dimanche 8 avril, 14 heures. La contrainte qui a été dévoilée hier à 14 heures est : Toute la nouvelle doit se passer dans une seule et même pièce.


     

    *                     *

    *

    Tout là-haut, un rond de ciel bleu sans nuages, derrière une grille épaisse. De là, de ce disque parfait, la lumière se répercute de pierre en pierre et se perd au fur et à mesure de la descente le long du conduit vertical. En bas, où nous sommes, la pénombre est profonde. On y entend le chant des cigales, strident mais nettement assourdi par la longueur du boyau aux parois sèches. Même en tendant l’oreille, on ne perçoit pas d’autres bruits que ces stridulations, caractéristiques des habitantes des chênes-liège, des oliviers et des pins. Tous ces arbres d’essence méditerranéenne, endémiques de la région de S***, tout petit village de Provence. C’est ici que se déroule notre histoire.

    Au fond du puits rien ne bouge. Ou si peu. Un vrombissement émerge du fond sonore. Une mouche. Elle s’agace dans cet espace confiné, frais et sombre, puis se repose et nettoie ses ailes, avec méthode. Tout est calme.

    Du disque bleu, là-haut, tombent des bruits de moteur, bientôt suivis par des crissements de pneus sur le goudron chaud. Au moins trois voitures. Une voix de femme étouffée par la distance, un peu nasillarde :

    — C’est là. Au fond !
    — Combien il y a ? lui demande un homme.
    — Ah, bah ! Je ne sais pas… beaucoup, je pense.

    Dans le rond de ciel, une silhouette en contre-jour se penche sur la grille. Puis cinq autres formes et la lumière d’une lampe torche. Le faisceau se balade sur les parois grossières et finit par éclairer faiblement le fond du puits. La même voix d’homme, puissante :

    — Madame ! … Madame, vous m’entendez ?

    Silence prolongé. La femme là-haut, murmure quelques mots indistincts. L’homme reprend :

    — Madame ? (En off :) Je ne vois rien. Je vais descendre. (Puis, autoritaire) Bon les gars, on sort le matériel ! Etienne, le harnais. Trouvez un point d’accroche. Paulo, tu t’occupes du cadenas.

    À nouveau les barreaux et le disque d’un bleu parfait. On distingue vaguement les bruits des préparatifs, portières qui claquent, caisses qu’on pose lourdement au sol, interjections… Un claquement sec, sonore. Le cadenas sans doute. Moins d’une minute plus tard, l’homme réapparaît tout là-haut. Suivis de trois autres silhouettes. Quelques ordres brefs et la lourde grille grince quand elle est rabattue. L’homme, le chef à n’en pas douter, enjambe le muret et se suspend un moment les pieds dans le vide avant d’entamer sa descente en rappel. Celle-ci ne lui prend que peu de temps. On voit bien que c’est un habitué. Il se pose lourdement sur le sol à peine humide. Le pinceau lumineux de sa lampe éclaire une forme vague, immobile.

    — Madame ?

     

    *                     *

    *

     


    Louiso s’agite. Elle rêve. Un rêve fait de formes floues et de mouvements de fuite. De paroles précipitées et de souffles courts. Un de ces rêves qui n’ont guère de sens mais qui sont lourds de malaise et d’angoisse. Un dernier caillou achève de la sortir de son sommeil. Elle pousse un petit cri et se redresse d’un coup. Moment d’effroi quand elle réalise, malgré l’obscurité, où elle se trouve. La même stupeur qu’à chaque réveil depuis six jours et six nuits. La même sidération. La même colère quand elle réalise que c’est bien réel. Un autre caillou tombe à quelques centimètres d’elle. Elle lève la tête. Là-haut, les croisillons de la grille et le buste d’un jeune homme font une ombre qui se détache nettement sur les nuées orange sombre. On imagine quelque part briller une lune feu.

    — Louiso ?
    — C’est toi Calendal ?
    — Eh oui ! C’est moi, ma Louiso. Qui veux-tu d’autre ?
    — Tu es fou, s’ils te trouvent !
    — T’inquiète pas. Ils dorment comme des paillassons.
    — Et Médor, il t’a pas aboyé ?
    — Médor ! C’est mon ami, Médor ! Tu le savais pas ma Louiso ?
    — Oh ! Calendal ! Je suis si contente de te voir ! J’aimerais… Oh Calendal ! Je suis si malheureuse…
    — Je sais ma Louiso. C’est pour ça que je suis là. Je viens redonner du soleil dans ton cœur.
    — Fais-le, parce que là, mon cœur, il est froid… Tout froid… Depuis que Père m’a enfermée au fond de ce trou !
    — Écoute ma Louiso, ce matin, je suis descendu des Chanoux. Je me suis caché là-haut. Arrivé au village, j’ai évité tout le monde. Et j’ai parlé au patriarche. Il m’a défendu d’aller voir ton père. Il a peur pour moi. Je lui ai dit que j’avais pas peur, moi !
    — Il va te tuer. Tu le sais !
    — J’ai pas peur. Mais le patriarche, il m’a dit : « Tu ne vas pas voir son père. Je vais lui parler moi à son père et aussi au Vieux. »

    Un long silence. Louiso attend. Comme rien ne vient :

    — Alors ?
    — Alors quoi ?
    — Qu’est-ce qu’il a dit encore ?
    — Rien.
    — Rien ?
    — Rien. Mais il va parler à ton père et au Vieux.

    Louiso serre les poings.

    — Mais ce sont deux cabossses. Ils changeront pas d’avis. Tu le sais bien. Ils sont faits avec de la cervelle de mulet. Tous les deux.
    — Écoute Louiso ! Je te dis ça. Je peux pas dire mieux. Il va leur parler. (Un temps.) Louiso, je t’aime d’amour. Je veux que tout s’arrange. Je veux qu’on te sorte de là.
    — Bêta que tu es ! Tu aurais bien dû y penser avant de me culbuter.
    — Tu étais d’accord avec moi, Louiso.
    — Oui.
    — Je l’aurais pas fait sinon.
    — Je sais.
    — Mais aussi, quelle idée d’être grosse !
    — Calendal ! Tu es méchant !
    — Pardon ma Louiso, mais c’est trop injuste ! Moi je veux bien de toi pour ma femme. Je veux bien l’enfant pour nous aussi. Tu vois, je suis pas méchant.
    — Père te déteste !
    — Et toi ? Tu me détestes ?
    — Moi ?
    — Oui, Louiso, toi !
    — Je n’aime que toi Calendal. De toutes mes forces. Mais il ne m’en reste pas beaucoup, de force.
    — Tu n’es pas trop mal, là en bas ?
    — J’ai froid la nuit.
    — Demain, je t’apporte une peau de mouton. Une bonne. Et tu n’as pas trop d’eau sous les pieds ?
    — Non, le puits est sec depuis qu’ils ont ouvert la source. Ça fait trois ans.
    — Tu manges à ta faim ?
    — Maman me descend un panier le matin. Et le soir, c’est Beatris.
    — Beatris, la carne ! La mauvaise carne !
    — Calendal, je t’interdis !
    — C’est elle qui a tout mouchardé.
    — Je sais.
    — Et tu n’es pas en colère ?
    — C’est ma sœur, Calendal ! Elle est toute jeunette… Et  de toute façon, mon état…

    Les larmes l’étranglent. Ses mains se sont crispées sur la jolie rondeur de son ventre. Elle baisse la tête, fatiguée de la tenir en l’air. Les nuages courent par-dessus la tête de Calendal. Il se parlent encore de longues minutes, tous les deux empreints de malheur et d’impuissance. Un bruit du côté de la ferme leur met l’alarme. Calendal se sauve vite après un semblant de baiser et une promesse intenable. Louiso reste seule. Sa prison est bien lugubre. La rosée descend peu à peu et un froid malsain avec elle. Elle s’entortille dans sa maigre couverture. Elle tremble comme une enfant.


    — Non, Père refuse.

    Louiso distingue mal le visage de sa sœur. La lumière du soir est chiche et la pluie qui tombe à travers la grille lui fait cligner des yeux.

    — Beatris, j’ai le droit de le voir ! C’est mon petit… Mon petiou… (Elle pleure.)
    — Je ne peux pas. Il m’a menacée.
    — Mais Mère m’a dit qu’elle allait venir avec lui.
    — Père ne veut plus que Mère te voie. Les Doumengue, ils ont accepté d’élever le petit à la Robine. Ils le garderont pour les travaux quand il sera grand. Père a dit à table : « Le petit, il ira à la Robine. Et quand il sera parti, il aura disparu à jamais. »
    — Tu veux dire…
    — On ne le verra plus. Mère dit qu’il ne faudra plus en parler. Jamais. Même moi, je ne peux pas le voir. Il est dans leur chambre. Père ferme à clé. Je l’entends pleurer souvent tu sais.
    — Mais Mère, elle va venir demain matin ?
    — Je ne sais pas ma Louiso. Elle m’a dit qu’elle était bien malheureuse.
    — Malheureuse ? Et moi ? Moi ? Tu vois ma vie ? je voudrais être morte.
    — Ne dis pas ça ! Tu vas bien sortir à un moment.
    — Et Calendal ? Tu lui as dit ?
    — Je ne l’ai pas vu. Au village, on dit qu’il se cache pour éviter la mobilisation. Avec Cristou et le Glaudi. Les vieux ils disent qu’ils sont dans les Chanoux. Mais que les gendarmes ils sont pas fadas. Qu’ils vont bien les trouver. Tu parles, ils sont d’active !
    — La mobilisation… Pauvre d’eux ! Le Calendal, il aurait pu venir me voir quand même. Un petit passage, ça ne coûte pas. Je m’ennuie de l’entendre, tu sais. Et au village, qu’est-ce qu’ils disent de moi ?
    — (Un temps.) Pas grand-chose… Rien en fait. Ils ne disent rien. On n’entend plus ton nom. C’est comme si tout le village te gommait. Ma pauvre Louiso !
    — Et toi, tu m’oublies ?
    — Jamais ! Je ne t’oublierais jamais ! Je regrette d’avoir dit, tu le sais ?

    Louiso se tait.  D’un geste devenu machinal, elle passe sa main dans ses cheveux longs. Très longs. Chaque nœud, et ils sont nombreux, freine ses doigts mais ne les arrête pas. Elle passe et repasse sa main. Beatris est partie depuis longtemps et la nuit a envahi sa cellule.


    Le panier atterrit à côté d’elle. Louiso se précipite. Sans attendre, elle le renverse. Elle laisse de côté fromage et tomates et arrache des bouts du pain qu’elle dévore. Beatris l’interpelle du haut du puits.

    — Louiso, tu m’entends ?
    — (La bouche pleine.) Mmm…
    — Je dois te dire…
    — …
    — Calendal…

    Louiso s’est arrêtée de mâcher et relève la tête.

    — Et bien… Il est tombé au front.
    — Tombé au front ?
    — Oui.
    — Et… il est blessé ?
    — Il est mort, Louiso. Tout ce qu’il y a de plus mort ! Je suis désolée…

    Louiso n’entend pas la suite ni les pleurs de Beatris. Elle pousse un puissant gémissement animal qui lui déchire entrailles et poitrine. Et elle hurle. Longtemps.

                                                       *                     *

    *


    Le chef s’est assis doucement à côté de la forme roulée en boule. La puanteur est forte. Crasse et déjections. Il refoule un haut-le cœur. Il n’ose pas éclairer la femme mais la clarté indirecte de sa lampe lui permet de distinguer la tignasse épaisse qui dépasse des haillons. Il perçoit, plus qu’il ne le voit, tout le corps trembler, en tension. De sa main libre il repousse les mèches raidies pour dégager le visage. D’une voix qu’il veut douce et apaisante, il murmure : « Madame, je viens vous délivrer. Tout va bien. Je m’appelle Eric. Eric Fabre. Je suis sapeur-pompier. Je viens pour vous sortir de là, Madame. » Ses doigts soulèvent délicatement un bout de chevelure. « Madame, n’ayez pas peur, je suis… » Il n’achève ni sa phrase ni son geste. La femme se retourne dans un cri féroce, découvrant un visage effrayant de fauve apeuré et d’un coup sec griffe le chef au visage, ses ongles longs et noirs traçant des sillons profonds dans sa joue d’homme.


    La mouche a repris sa course erratique dans l’espace exigu. A-t-elle conscience qu’un corps manque ? Que l’être qui l’occupait a disparu ? Ou se contente-t-elle de l’ivresse que lui procurent les traces qu’il y a laissées ? Elle décolle, se pose, repart, tournoie. Elle se grise de vols et de butins. Au-dessus de sa tête, tout en haut, on distingue, par-dessus son vrombissement et les stridulations des cigales, des voix, celles du chef et de la femme :

    — Elle ne parle plus du tout, vous êtes sûre ?
    — Vous pensez ! Depuis seize ans…
    — Mais, sa sœur – Béatrice c’est ça ? – elle continuait bien à s’occuper d’elle ?
    — Elle la nourrissait. Elle a continué à la mort de leur mère, toute seule. Mais je ne suis pas sûre qu’elle ait continué à lui parler beaucoup.
    — Elle est redevenue sauvage… Un vrai… je ne sais pas…
    — Redevenue ? Non, devenue.
    — Dites-moi, Madame Maurel, pourquoi ne pas avoir prévenu les autorités plus tôt ?
    — D’abord, je n’étais sûre de rien. On disait que… On racontait que… C’était une vieille histoire. L’histoire de Louiso et Calendal. Une histoire à la Roméo et Juliette. À la provençale. Et personne au village ne disait que Louiso était toujours vivante. Mais quand Beatris est morte, les vieux ont commencé à parler. Ils étaient inquiets pour « la fille du puits des Pereitti ». Alors, j’ai compris. Je suis allée voir le père. Il n’a pas nié. Il m’a craché dessus ! Il a sorti le fusil ; il a failli me tirer !
    — Pourtant, il ne s’est pas défendu, il n’a rien dit quand les gendarmes l’ont emmené.
    — Ça ne m’étonne pas, on le disait lâche.

    Un temps. La mouche en profite pour changer de place.

    — Et vous votre joue ?
    — Ça va. J’ai bien cru qu’elle allait me tuer. Elle avait des yeux de folle. J’ai eu peur.
    — Seize ans !
    — Oui, seize ans…

                                                       *                     *

    *

     


     

     

  • Méthode Flocon

    Méthode Flocon

    Une description très intéressante de la Méthode Flocon, efficace contre la page blanche, rédigée par « cinq petites secondes » :

    Écrire un roman avec la méthode Flocon

  • GREEN WASHING – nouvelle bio

    GREEN WASHING – nouvelle bio

    Je vous propose la lecture d’une courte nouvelle d’anticipation qui parle prurit et forêt. Ecologie et fin du monde. Rien de moins !


    GREEN WASHING


    J’ai été le premier. D’autres suivront. En fait, j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne, c’est que les problèmes d’environnement, nous allons les régler tous d’un coup. Définitivement. La mauvaise, c’est que nous allons le payer cher. Très cher.

    Retour en arrière :

    « Chérie, j’ai un truc qui me gratte dans le dos ! » lui dis-je.

    – Qui te démange, tu veux dire ?

    – Ouais, joue pas à la plus fine et viens me gratter !

    Elle pousse un gros soupir mais vient. C’est ça aussi l’amour ! D’une main mollasse et du bout des doigts, elle s’exécute, la tête visiblement ailleurs, alors même que la démangeaison s’accentue sauvagement sous mon omoplate droite. Je la guide, péremptoire. Elle obtempère, maussade. Mais la démangeaison est toujours là. Je craque et passe brutalement ma chemise par-dessus la tête et tente d’atteindre moi-même la zone de conflit. Je l’atteins presque. Résigné, je choisis le montant de la porte de la cuisine pour me soulager, Je me frotte le haut du dos, Baloo mais en moins gracieux. Ça vaut le coup, le soulagement est quasi orgasmique ! Ah ! Ça va vachement mieux…

    C’est le lendemain que ça dérape. Même démangeaison. Même endroit. Mais cette fois, je sens sous mes doigts des petits bouts de brindille qui dépassent de mon tee-shirt. Comme je suis seul à la maison -je crois qu’elle est chez Lucie, sa copine-voisine- il va falloir que je me débrouille tout seul. J’essaie d’attraper une des tiges et de tirer, mais ça glisse, c’est trop court, ma main est trop tendue. Je réessaye deux trois fois. Pas mieux ! Ça commence sérieux à me courir d’autant que la démangeaison devient insupportable. « Et merde ! ». Je m’apprête à me mettre torse-nu mais c’est la sonnette d’entrée qui sonne le gong ! Une gueule joviale, familière, des cheveux de neige qui dépassent de partout, une chemise froissée, pas de doute, c’est mon oncle Luis. Il tombe bien. Je le coupe dans le baratin d’usage, retire mon polo et lui tourne le dos. Tu peux m’enlever ça ? Après avoir marqué sa surprise, il fait une timide tentative. Je l’encourage. Il tire mais n’y arrive pas, ça résiste et moi ça me fait un rien mal ! Il compte quatre petites brindilles, me dit qu’elles ont traversé la peau, que c’est bizarre (ben tiens !) et que j’ai dû me planter ça en passant quelque part et que ça ne doit pas être très grave, que ça va tomber tout seul. Evidemment, ça m’exaspère ! Ça gratte, ça démange, ça chatouille, ça brûle… Il s’obstine à relativiser ma gêne, ma douleur. Merde ! Ce n’est pas lui qui vit un enfer. Et puis c’est quoi ces trucs ?

    Hélène arrive plus tard. Je viens d’envoyer mon oncle aux pelotes. Vexé, il a prétexté une course bidon pour annuler le repas. Je saute sur ma blonde qui me lance un regard fatigué, les bras chargés de courses. Elle a la peau moite. Je lui montre mes brindilles. A son tour, elle s’essaye au désherbage d’omoplate. Même douleur vive, même constat d’impuissance. J’aperçois un trouble dans son regard quand je me retourne vers elle. Un plissement des yeux, un froncement de sourcils. Ça me décide à me rendre chez le toubib.

    « C’est curieux ! On dirait que ça pousse de l’intérieur… » qu’il me dit. De l’intérieur ? Quoi ? Comme une verrue ? Une tumeur ? Non, pas une tumeur quand même ! Léger ricanement. Mais quoi alors ? Son silence n’est pas fait pour me rassurer. Il me propose de couper les tiges. Ça, ok. Clac ! Clac ! Clac ! Clac ! Il me prescrit des crèmes, des machins et des trucs et puis une échographie. Va pour l’écho et pour tout ce qui peut calmer le prurit. Prurit ! Quel mot horrible ! Bordel ! Ça gratte !!!

    L’échographie, le lendemain matin après une nuit blanche et la démangeaison qui s’est muée en une douleur ininterrompue, comme une rage de dents sourde. J’ai une tête en sac de chiffons sales, des cernes jaunâtres et je sens malgré la douche les relents d’une fine suée, fille de la fatigue et de l’angoisse qui s’installe, heure après heure. Le mec fait une drôle de tronche. Visiblement, le kyste qui s’est formé sous la peau, couronné des sept brindilles qui ont repoussé dans la nuit, ça, il n’a jamais vu. Hélène a fait à peu près la même gueule ce matin. Premier cliché. L’image se fige. Elle mesure 37 mm quand même, la boule informe. Ça correspond à quel âge, pour un fœtus ? Les tiges mesurent entre 25 mm et 36 mm. Il a l’air très sceptique quand je lui dis que tout était taillé hier soir. Nouveau cliché. Il marmonne quelque chose et me montre, d’un doigt incertain, un réseau. Un maillage qui s’est développé autour du kyste. Ca part un peu dans tous les sens. C’est serré. Taille du bazar : 10 cm et des bananes. « Ah ouais ! Ça ne rigole pas ! » M’exclamé-je. Lui non plus, il ne rigole pas. Moi non plus, en fait. Il ne sait pas ce que c’est. Rédige un baratin pour le docteur. Me conseille de reprendre rendez-vous très vite. D’y aller tout de suite, même.

    Embarras du médecin. Hôpital. Attente. Interne. Puis scanner, spécialistes, attente. IRM. Première nuit. Les questions résonnent autrement aux heures sombres. Au matin, l’espoir renaît. Re-spécialistes, biopsies, analyses, conciliabules mystérieux. Des heures à attendre, englué dans la langueur morne de la chambre beige saumâtre, sur un lit trop chaud, trop mou, trop orthopédique. Un temps qui semble arrêté, coupé par l’intrusion brutale d’une infirmière pressée qui vient faire des prélèvements, des soins. Visite d’Hélène, perdue, feignant l’insouciance. Ma chère Hélène. Re-re-spécialistes. Transfert vers un nouveau centre. Nouveaux examens. Deuxième nuit. Pendant ce temps le réseau s’agrandit, les tiges se multiplient, grandissent. Nouvelles nuits chargées d’angoisses, nouvelles journées interminables. Nouveaux traitements. Et la douleur se diffuse dans tout le dos, le bras, le cou. Je sais maintenant que, quoi qu’il arrive, je vais crever. On ne peut pas vivre avec un truc qui se développe aussi vite et survivre. Je voudrais juste savoir ce que c’est avant de claquer. Pourquoi mon dos ressemble de plus en plus à celui d’un hérisson. S’il-vous-plaît ! Une réponse !

    Je finis entre les mains du Professeur Auduin. Kevin Auduin (Le Professeur Kevin ! Sans déconner ! Pourquoi pas Dylan, Président de la République ?). Malgré son prénom, il a l’air sérieux, très sûr de lui. C’est bien, ça rassure un peu. Un tout petit peu. Jusqu’à ce qu’il me parle, le dos tourné. Son regard derrière des verres épais glisse sur la douzaine de clichés. Là, je suis plus du tout rassuré, je suis carrément flippé. En gros, il ne sait pas ce que c’est. Toutes les hypothèses ont été invalidées l’une après l’autre. Il a échangé avec Docteur Truc et Professeur Machin, et Untel et Tartempion. Tous des pointures. Il m’en balance une liste longue comme le bras, histoire de bien m’impressionner, de me montrer qu’il a bien fait son job ! Que c’est un gars sérieux. Il a même envoyé les clichés et les compte-rendu à d’éminents collègues aux States ! Aux States ! Ouais, ben en attendant, je suis pas plus avancé. Les analyses ADN renvoient des résultats aberrants : c’est mon ADN, mais en même temps, la structure est modifiée, plus complexe, végétale. Végétale ? Comme un champignon ? Non, comme un végétal ligneux. Quelque chose de moi, mais ligneux. Il est gêné, peiné. Pour moi ou parce qu’il n’a pas de réponse ? Hélène renifle à ma droite. Hélène ! Je l’avais oubliée. Pourtant elle est à côté de moi, hébétée. Ça la dépasse complètement depuis le début, cette histoire. Elle est à côté de moi jour après jour depuis deux semaines que ça dure. Elle toussote pour se donner du courage. « Qu’est-ce qui va se passer maintenant ? Est-ce que… (blanc assez long) Vous allez pouvoir… » C’est le bruit de la pendule qui rythme le long silence qui suit. Tac. Tac. Celle qui dit oui, qui dit non. Et qui m’attend.

    Je marche laborieusement, voûté, les jambes raides, le long du sentier qui monte doucement vers le sommet de la colline boisée. La lumière joue dans les feuilles et ça fait des jolies couleurs. Des camaïeux de jaunes, d’orange, de rouge et de vert. Et tout ce petit monde frissonne, bruisse agréablement. L’humus m’emplit le nez. C’est riche, c’est frais. Je m’enivre de ces senteurs automnales. Je n’ai pas froid. Pourtant l’air est chargé de gouttelettes glacées. Je suis bien malgré la rigidité qui s’installe dans mes membres, mon souffle de plus en plus court, ma vue malade, ma peau grise et râpeuse. Mais je suis bien. J’avance. Encore quelques pensées pour ma belle Hélène. Qui a tant pleuré. Surtout quand elle m’a parlé du bébé dans son ventre. Notre bébé. Ce secret qu’elle s’apprêtait à m’annoncer le jour du truc « qui me gratte dans le dos ». Mais là où elle a le plus pleuré c’est pour l’annonce de mon départ. De ma lente dérive à venir. Seul. Loin du monde des hommes. Elle a tant pleuré et pourtant bien compris mon refus de rester entre les pattes de Kevin. Du Professeur Kevin. Mon besoin de fuir les néons blafards, les murs jaune malade et les blouses blanches. Et tant pis pour la recherche, tant pis pour Kevin. Elle a bien compris aussi ma fuite, d’autant que ces derniers jours ont été particulièrement pénibles : regards horrifiés devant mon aspect, interpellations amusées, voire moqueuses ou agressives dans la rue (mon histoire et ma photo ont bien sûr fait le tour des média et j’ai failli plus d’une fois m’effondrer devant des journalistes de plus en plus invasifs). Bien compris qu’elle ne pouvait pas m’accompagner. Je lui ai fait un plan, assez précis, du petit tertre où elle pourra venir me voir, en bordure d’une belle clairière, quand le cœur lui dira. Mais pas tout de suite.

    C’est là. Je suis arrivé. Je reconnais bien l’emplacement que j’ai choisi deux semaines plus tôt. Mon cœur encore affolé par l’ascension pénible fait cogner le sang dans mes oreilles. J’entends pourtant les piaillements, gazouillis, pépiements chants et cris des oiseaux –mésanges, geais, pies, moineaux…-, les vrombissements des insectes ailés –abeilles, coléoptères, mouches et moucherons-. Et tant de bruits et froissements à venir… Le grincement des branches. Les effluves fleuries et musquées. Tout un monde à découvrir. Et tant de saisons pour le faire. Je fais un dernier tour de mon nouveau domaine. Quelques mètres carrés en haut d’une petite colline à la lisière d’un bosquet de chênes, de hêtres et de châtaigniers, mes nouveaux amis. La vue est belle. Je suis bien. Je choisis une orientation sud-sud-ouest (j’aime les couchers de soleil), et je me fige, apaisé. Je suis nu. Je laisse mes branches se déplier, mes feuilles à peine sorties de centaines de bourgeons de ces dernières heures se déployer. Je sens -déjà !- les radicelles qui recouvrent mes plantes de pied chercher à pénétrer le terreau humide. Je prends racine. Je suis bien.


    Pierre Foucher

    été 2015