Auteur : Pierre Foucher

  • LE CERCLE ROUGE- nouvelle du vent

    LE CERCLE ROUGE- nouvelle du vent

    Voici une courte nouvelle que je viens d’écrire pour un concours dont la contrainte était de commencer par : « Ce signe sur le tronc, il n’y était pas quand nous sommes passés ce matin ! »  On y parle platane, marteau et vent fou.


    LE CERCLE ROUGE

    — Ce signe sur le tronc, il n’y était pas quand nous sommes passés ce matin ! J’en suis sûre.
    — Quel signe ?
    — La marque, là ! La peinture rouge tout autour du tronc. Elle n’y était pas ce matin.
    — Ah oui, le cercle rouge. Tu as raison, ce platane, il n’en avait pas encore. C’est les gars chargés de l’abattage par VNF qui ont dû la peindre.
    — VNF ?
    — Oui, VNF, les Voies Navigables de France. Ce sont eux qui éliminent les platanes malades. La marque rouge, c’est pour signaler qu’il est condamné, comme beaucoup d’autres. Ils vont devoir le couper.
    — Il est malade de quoi ? Il n’a pas l’air mal en point ?
    — Et si pourtant, il est rongé par le chancre coloré, C’est une saleté de champignon que les GI ont apportée dans leurs caisses pendant la guerre. Il bouche les vaisseaux de l’arbre. Et il le tue à petit feu. Ils en ont déjà abattu plus de vingt-mille je crois bien.
    — Vingt-mille ! Oh, c’est triste.
    — Oui, c’est triste…

    Je lui ai alors pris la main. Sans nous concerter, nous sommes restés une minute devant ce platane bicentenaire, nos doigts enlacés, pour un dernier hommage. La Tramontane à l’haleine de givre venait enfin de se taire à l’approche du crépuscule. Nous frissonnions cependant encore un peu. Nous avions quitté le lit en bataille où nous avions passé l’après-midi et nous étions habillés précipitamment, et bien sûr trop légèrement. Hélène, redressée sur un coude, s’était exclamée en riant : « Le dernier dehors à voir le soleil se coucher embrasse l’autre jusqu’à l’aube ! » C’était notre première nuit seuls ; elle avait laissé Lise chez une amie.

    Trois semaines avaient suffi à nous emmêler l’un à l’autre pour toujours dans une profusion de mails, de textos et de petits mots étourdissants. Nos peaux s’étaient reconnues et aimées, nos yeux ne se lassaient pas des flammèches qui crépitaient dans nos regards en miroir. Deux torrents impétueux nous projetaient dans les bras l’un de l’autre. Avec quelle douce violence !

    Et là, debout devant ce tronc à la peau blanche que mouillait la brume froide, je sentais deux sillons brûler mes joues et la main d’Hélène dans la mienne. Je me souviens des cris d’une pie au-dessus de nos têtes. Les yeux d’Hélène aussi brillaient. Eh oui, nous avons pleuré. Pleuré pour un arbre…
    Pleuré peut-être aussi d’un trop-plein d’amour. Pleuré enfin de rage, contre l’humanité. L’humanité qui peut engendrer des génies comme Beethoven, Klimt ou Riquet le concepteur et maître d’œuvre du Canal du Midi qui a réussi l’impensable, qui a fait creuser des montagnes et inventé l’écluse ronde ou encore le pont-canal. L’humanité qui a réussi à détruire soixante pour cent des espèces sauvages en quarante ans. L’humanité, ma famille ! qui met le bazar dans tous les écosystèmes et qui rafistole la nature avec du sparadrap. L’humanité qui risquait de passer un sale millénaire si elle continuait sur sa lancée.
    Si j’avais su…

    Oui ! si j’avais su que c’était la dernière fois que je prenais la main d’Hélène et que je pleurais à ses côtés… Elle partait le lendemain pour Paris -une réunion importante- et elle y était encore cinq jours plus tard quand le Vent Fou a tout emporté.
    Le Vent Fou… Non, pas le vent d’Autan, celui-là, il n’a jamais causé trop de mal. Non, le Vent Fou c’est cette ivresse qui s’est emparée des hommes ou plutôt de leurs dirigeants. Si mon histoire à moi commence par un coup de pinceau, celui qui a condamné, en rouge, un platane à une mort certaine, c’est un marteau qui dans sa chute a entraîné celle de notre espèce et de toute notre civilisation. Un marteau tombé accidentellement de la main d’un ouvrier pakistanais sur la tête du premier ministre indien en visite dans une usine du Cashmere. Un coup de marteau qui a déclenché des révoltes puis la guerre entre les deux pays après des années de tensions ethniques et religieuses. C’est Islamabad qui a le premier appuyé sur le bouton rouge. Puis New-Delhi en représailles. Ensuite tout est allé très vite, tout s’est emballé. Les puissances nucléaires ont disjoncté, les unes après les autres. Téhéran, Israël, Moscou, Washington, Pyongyang, Pékin, Londres et Paris… Paris qui s’est transformé en soleil. Et Hélène, ma belle Hélène, qui s’est vaporisée.

    Je t’imagine, ô ma Troyenne, réduite en cendres aussitôt dispersées par le vent nucléaire, atomisée. Pulvérisée, comme mon cœur quand il a entendu ce maudit flash spécial.

    Lise aussi est anéantie. Malgré ses trois ans, elle a bien compris qu’elle ne reverrait plus jamais sa maman. Sa « petite maman de poésie » ne cesse-t-elle de répéter. Je ne sais pas d’où elle a sorti ça. Ah ! comme ils nous manquent tes bras si doux, si chauds, parfum cannelle… Ne t’inquiète pas mon aimée pour ta fille. La péniche est solide et les plaques de plomb nous protègent bien. Nous avons de quoi manger pour plus de six mois. Un représentant du gouvernement du Pays d’Oc est passé la semaine dernière, il nous a dit que d’ici trois mois nous pourrons à nouveau respirer librement dehors. Il paraît que nous sommes quelques milliers à avoir survécu à cette première année. Dont plusieurs familles sur des bateaux sur le Canal. Tu vois, tout va bien ma belle Hélène, ma douce, nous ne manquons de rien. Ou si peu.

    Lise m’a demandé ce matin de lui faire un fénétra. Je lui ai promis d’essayer (j’ai des abricots en boîte !) mais tu as emporté la recette avec toi et tu te doutes bien que recettes.com, c’est fini. Et moi, le fénétra, tu ne m’en as jamais fait. Tu m’avais promis pourtant !
    Je te remercie de m’avoir laissé Lise en partant. Elle est ma bouée. Je pense que j’aurais coulé comme tous les autres sans elle.

    Nous sommes dehors et je ne sais si le vent est froid. Difficile de le sentir avec ces fichues combinaisons. Lise et moi, nous marchons le long des berges silencieuses (hélas !) pour notre petite sortie de la semaine. Les cris des pies me manquent. Je sens sa petite main à travers le caoutchouc épais. Comme tous les dimanches soir, nous nous arrêtons devant le platane et sa ceinture rouge sang. Tu vas rire, mon aimée, nous avons pleuré pour rien. Les gars de VNF, ils ne l’ont jamais coupé.

  • Librations

    Librations

    Nous savons tout ou presque de notre lune… Ou pas.
    Et vous, quelle est votre réponse ?

    Avatar de Mathis LeCorbotMathis A. LeCorbot

    L’humain connait la Lune, notre satellite naturel, depuis qu’il lève les yeux vers le ciel. Alors sauriez-vous répondre à cette petite question ? Quel est le pourcentage de la surface de la Lune observable de la Terre ?

    Ouais, vous n’êtes pas très astronome et les caractéristiques des astres ne vous émoustillent pas vraiment. Je sais. Malgré tout, vous pensez connaitre la réponse à cette question somme toute aisée.

    7447053_343ff1b2-deb1-11e7-9a47-bf3c08145785-1_1000x625

    La Lune nous montre toujours la même face, c’est bien connu. Vous ignorez certainement pourquoi, cependant à cause de ce phénomène, vous déduisez ce qui suit. La Lune est une sphère et si elle nous montre toujours la même face, on voit alors 50 % de toute sa surface.

    Vous seriez même tenté de réduire un peu ce pourcentage puisque tout le rebord n’est pas très facile à observer, voire quasiment impossible. Est-ce que le chiffre de 45 % vous semblerait…

    Voir l’article original 416 mots de plus

  • La mort en vrac

    La mort en vrac

    Chavirant!

    Avatar de Mathis LeCorbotMathis A. LeCorbot

    On a rapporté plus d’une cinquantaine de disparitions de gros navires depuis quelques années en ignorant avec certitude ce qui leur est advenu. Ils se sont éclipsés sans aucun avertissement, sans émettre de signaux de détresse, sans avoir eu à affronter de dangereuses tempêtes, sans cause apparente et aucun n’a réapparu. Cette fois, les fameuses vaguesscélérates semblaient être écartées de la liste des suspects. Au début, le mystère restait total, mais un point commun reliait tous ces navires. Je vous rassure, au risque également de vous décevoir, les extraterrestres n’auraient rien à voir avec ces pertes matérielles et humaines. Le lien entre ces navires est qu’ils transportaient tous des produits en vrac et plus particulièrement du minerai et surtout du nickel. Une coïncidence ? Sûrement pas.

    nickel-mining-indonesia-c2a9-vvv-ltd-2010-all-rights-reserved

    On entend beaucoup ces temps-ci sur la toile que ces navires transportant du vrac se seraient liquéfiés. Ah, quelle imprécision menant à…

    Voir l’article original 552 mots de plus

  • IN MEMORIAM enfin édité !

    IN MEMORIAM enfin édité !

    C’est fait ! In memoriam, la première mésaventure d’Alice Prescott est éditée par Zulu éditions sur Kobo :

    https://www.kobo.com/fr/fr/ebook/in-memoriam-82

    Composition3

    En voici un petit résumé :

    Curieux cadeau d’anniversaire pour Alice Prescott : plonger au cœur des meilleurs souvenirs de Léonard grâce aux technologies cognitives dernier cri paraissait pourtant séduisant. Mais elle va y découvrir des séquences de la vie de son mari pour le moins troublantes. Y-a-t-il eu erreur de programmation, une volonté délibérée de cet époux qu’elle adore ou est-elle simplement en plein délire ?

    Ce qui est sûr, c’est que tout son univers paisible de bonne mère de famille se disloque. Aidée d’Etienne, détective au franc parler, Alice devra affronter lors d’une descente aux enfers vertigineuse un monstre pervers et manipulateur, l’homme même qu’elle pensait connaître par cœur. Mais connait-on vraiment la personne qui partage notre lit ?

    Vous pourrez pour 3 petits euros commander et lire mon premier roman en attendant la suite en cours d’écriture.

    Pour ceux que ça intéresse, je vous offre le livre en échange de l’engagement d’un retour de votre part sous la forme que vous souhaitez (critique, signalements d’erreurs ou toute remarque de votre choix). Pour cela, il vous suffit de me contacter en cliquant ici et je me ferai un plaisir de vous adresser le roman au format ePub ou pdf.

    Attention, je réserve cette offre aux dix premiers à se manifester !

    A bientôt au côté d’Alice,

    Pierre

     

  • Une cabane

    Une cabane

    La suite de nos tribulations asiatiques avec aujourd’hui un thème que certains jugeraient scabreux…

    Une cabane

  • La Croix du Sud

    La Croix du Sud

    Je republie ici une série d’articles que j’ai écrits lors de notre périple familial en Asie. Sultanat d’Oman, Malaisie, Bali, Singapour, Japon, Australie, Nouvelle-Zélande.
    Voici celui évoquant la fameuse constellation australe.

    Avatar de Pierre FoucherUn automne à Pékin

    « J’ai gravé cela dans la roche, et ma vengeance est écrite dans la poussière du rocher »

    E.A. Poe, incipit aux Aventures d’Arthur Gordon Pym

    La Croix du Sud…

    Une petite constellation de l’hémisphère du même nom. La plus petite, même ! Petite, mais… costaud !

    Pourquoi est-elle encore aujourd’hui si renommée ? Pour les marins d’antan, la Croix du Sud était le pendant de l’Etoile Polaire. Bien que non alignée directement sur le sud, en traçant une droite passant par deux de ses étoiles et en reportant 4,5 fois leur distance, on tombait pas loin du sud céleste.

    Cette constellation a été si importante pour les explorateurs et marins qu’on la retrouve aujourd’hui sur les drapeaux :

    de l’Australie

    Drapeau de l'Australie

    du Brésil

    Drapeau du Brésil

    de la Papouasie-Nouvelle-Guinée

    Drapeau de la Papouasie-Nouvelle-Guinée

    des Samoa

    Drapeau des Samoa

    de la Nouvelle-Zélande

    Drapeau de la Nouvelle-Zélande

    De Niue

    Résultat de recherche d'images pour

    du Territoire-du-Nord

    Résultat de recherche d'images pour

    De l’Île-Christmas

    Résultat de recherche d'images pour

    des Îles-Cocos

    Résultat de recherche d'images pour

    Des Tokelau

    Résultat de recherche d'images pour

    Pour ma part, cette constellation qu’on ne peut voir…

    Voir l’article original 701 mots de plus

  • Miam !

    Miam !

    Je republie ici une série d’articles que j’ai écrits lors de notre périple familial en Asie. Sultanat d’Oman, Malaisie, Bali, Singapour, Japon, Australie, Nouvelle-Zélande.
    Voici celui bien français, parlant de bouffe !

    Avatar de Pierre FoucherUn automne à Pékin

    Bali, on y mange bien. Ça n’est pas de la grande gastronomie, ce n’est pas très varié, mais c’est plaisant. Et toujours joli. On trouve partout et à tous les repas des œufs sous plusieurs formes. Et ils (enfin, elles) cuisinent beaucoup de légumes coupés en morceaux plus ou moins petits (tomate, carotte, soja, pomme de terre, patate douce, citronnelle en tige, brocolis et des trucs verts qu’on ne connait pas genre algue ou épinard). C’est parfait quand on est comme Kriss et moi-même végétariens.

    Pour Adrien et Zana, ça passe bien aussi. Ils préfèrent la nourriture balinaise à la française (si, si !). Adrien apprécie particulièrement les soupes, Zana le riz et les nouilles. Tous les deux pour la même raison : ils les mélangent avec des légumes, des œufs, du poulet et des sauces. Ils trouvent ça varié et plus gôutu qu’en France. De plus ils proposent partout…

    Voir l’article original 370 mots de plus

  • Vivre en faufileur

    Vivre en faufileur

    Je republie ici une série d’articles que j’ai écrits lors de notre périple familial en Asie. Sultanat d’Oman, Malaisie, Bali, Singapour, Japon, Australie, Nouvelle-Zélande.
    Voici celui sur la circulation à Bali.

    Avatar de Pierre FoucherUn automne à Pékin

    On a beau le savoir, c’est quand-même surprenant. Toute une jeunesse en scooter. Mais aussi des vieux, des amoureux, des mères de famille, des ouvriers, des familles entières souvent à trois ou quatre. et même des surfeurs australiens.

    19739262-bali-4-janvier-touriste-avec-des-planches-de-surf-sur-le-scooter-le-4-janvier-2013-à-bali-en-indonésie-e

    On peut tout mettre sur un scoot, des matelas (des, pas un !), des meubles, des balais.

    dsc_5097

    C’est amusant, c’est folklo !

    Mais derrière ces images d’Épinal se cachent d’amères vérités sur Bali. Depuis les années 70 et de manière plus accéléré depuis le début du siècle, ce paradis touristique qui s’est converti peu à peu au tourisme de masse, a connu dans le même temps une consommation effrénée et un exode rural important.

    Côté tourisme : on est passé de 10 000 en 1962 (dix mille !) à 8 millions attendus pour 2018, avec une explosion sur les dix dernières années. D’un tourisme culturel à un tourisme de masse (nous en…

    Voir l’article original 244 mots de plus